Les pédiluves

L'origine, les conditions d'emploi et les dangers des pédiluves. Vers quoi s'engage-t-on ?

MORTELLARO - DERMATITE DIGITÉE

Pascal

10/28/20253 min lire

Les pédiluves sont utilisés pour la désinfection des sabots depuis un siècle pour luter contre les maladies infectieuses des bovins et des ovins. Pendant longtemps on a utiliser le formol car il est peu coûteux, facile à produire et efficace contre les bactéries, les virus et les champignons.

Vers la fin du XXème siècle, il sera remplacé par d’autres désinfectants (acides organiques, ammonium quaternaire,…) moins toxiques et moins irritants mais plus coûteux.

Chaque saison voit apparaître de nouvelles générations de pédiluves nécessitant plus de moyens (canons à mousse, jets pulsés, matelas, avec capteurs de passage, pompes doseuses, récupération et recyclage) et toujours plus de produits.

Aujourd’hui, ces pédiluves sont devenus permanents. Cet usage intensif est un poste non seulement très coûteux mais réellement dangereux pour la santé des éleveurs et la santé du pied.

Dangereux pour la santé des éleveurs :

Les pédiluves dégagent en permanence des vapeurs toxiques, irritantes et cancérigènes. On peut certainement s’attendre à minima et à court terme à une augmentation des problèmes respiratoires (j’en ai fait l’expérience personnelle en désinfectant systématiquement les sabots lors du parage pendant seulement quelques mois avec du Virocid).


Dangereux pour la santé des sabots :

La corne représente la partie morte des tissus. Elle n’est que de quelques millimètres.

Elle recouvre les tissus vivants qui sont richement innervés et vascularisés.

Ces passages répétés finissent par imbiber progressivement la corne.

L’impact sur les vaisseaux et les nerfs.

-sur les vaisseaux :

- d’une part, tôt ou tard apparaissent des inflammations des vaisseaux capillaires, situés à quelques millimètres, juste sous la corne.

Par capillarité, ces vaisseaux vont s’irriter et s’enflammer. Et pour tout ongulé, l’inflammation des vaisseaux est catastrophique, que l'origine soit infectieuse ou métabolique.

Supposons que l’on doive porter des chaussures trop petites toute la journée. A la fin de la journée, les pieds seront douloureux, fatigués, et nous serons heureux de pouvoir nous déchausser.
Pour une vache, c’est exactement la même chose. Mais elle ne sait pas enlever ses sabots. Les déplacements seront limités sans marquer de boiterie franche et l'inflammation évoluera en abcès ou en ulcère qu'un usage permanent du pédiluve ne permettra pas de guérir.

-sur les nerfs

- l’insensibilité progressive s’installe . Ce qui aura pour conséquence que l’inflammation du pied passera inaperçue pour le bovin lui-même.

Impact financier lourd


Les bactéries responsables de la dermatite ne pourront jamais être éliminées par un pédiluve car elles se trouvent dans le tractus gastro-intestinal. On peut donc calculer l’impact direct d’un tel système à raison de 100€/ an/bovin, il faudra débourser chaque année 10.000 euros pour un troupeau de 100 vaches sans jamais en guérir !

Le Royaume-Unis est connu pour sa forte population de moutons (30 millions). En Écosse, il y a plus de moutons que d’habitants. Traditionnellement, ils passent dans des pédiluves pour luter contre le piétin.

Cependant, au milieu des années 1990, ces pédiluves sont devenus inefficaces. C’est ainsi qu’on s’est aperçu d’une nouvelle maladie analogue à la dermatite bovine. L'usage des pédiluves s'est néanmoins perpétué et la maladie s'est étendue à tout le royaume, devenant la principale préoccupation, après le piétin.

Pourquoi ces pédiluves dans la lutte contre la maladie ?

- le manque de temps et de personnel pour gérer les boiteries (le passif s’accumule, les éleveurs sont dépassés).

- par manque d’informations sur les conséquences (financières et sanitaires).

Conclusion :

Dans certaines situations, comme une saison humide, une panne de racleur, les pédiluves utilisés occasionnellement permettront de diminuer ponctuellement la pression infectieuse. Cependant, ils ne pourront jamais prétendre solutionner la dermatite. L’argumentaire n’est que de la publicité de lessive qui ne fait qu’alourdir les finances sans jamais rien régler.

Ce sont exactement les mêmes erreurs qui ont conduit à l’usage de solutions transgéniques ou des molécules de synthèse (pesticides et autres) par facilité.